Melody’s Echo Chambers l’interview

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A l’occasion du passage de Melody’s Echo Chambers sur Toulouse, on a eu l’occasion de rencontrer sa tête pensante, la superbe Melody Prochet, au Connexion Live de Toulouse. En ce lundi après-midi, la très belle première partie Moodoïd fait ses balances quand Melody nous ouvre les portes de son univers, avant un concert qui confirme l’excellence des compositions de cette fille du Midi qui fait des émois des Etats-Unis jusqu’en Australie.

Bring Your Jack : Salut Melody, et merci de nous acceuillir. Pour commencer, ça va bien ?
Melody : Oui, comme je te le disais tout à l’heure on était à La Mamie, le studio de Benji notre bassiste toulousain (du groupe Aquaserge ndrl) qui nous a reçu chez lui. On a fait un énorme barbecue avec du canard, du saumon … Ca fait du bien d’avoir un jour de soleil comme ça.

BYJ : Oui, vous avez eu de la chance !
M. : Oui ce matin je me suis même fais une petite ballade d’une heure et demie dans la campagne. Je me suis assise, dans la terre, j’ai plongé mes mains dedans, et j’ai fais : « aaaaaaaaaaah ! » Ca ressemble beaucoup à ma campagne, à Puyricard près d’Aix, exactement le même paysage et ça m’a fait un bien fou !

BYJ : Bon, on commence les questions un peu plus pros ?
M. : Il faut pas, il faut pas ! (rires)

BYJ : Ca se passe bien ta tournée, ça fait un bout de temps que ça bouge ? Depuis les USA, la tournée française, et maintenant les festivals ?
M. : La tournée aux USA, ça me parait il y a dix ans déjà. C’était autre chose, c’était incroyable ! Une formation un peu différente, et depuis qu’on a le combo basse-batterie, c’est la révélation pour moi. L’énergie sur scène, il y a une magie qui se crée entre nous, une communion vraiment. Par exemple avant-hier on a fait Primavera à Barcelone et il s’est passé un truc pour la première fois sur scène. Ca promet vraiment pour l’avenir.

BYJ : Comment tu situes ça par rapport à vos premiers concerts, le choix de la boite à rythme etc... Comment tu as fais le choix de cette évolution de quelque chose d’assez synthétique vers quelque chose de plus rock ?
M. : En fait c’était pas vraiment un choix. C’était quand on a commencé cette tournée aux USA, on ne pouvait être que quatre et on avait cinq minutes de soundcheck avant chaque concert. On aurait jamais pu techniquement installer une batterie, un machin, un truc … C’était donc pour remplacer un batteur et être quatre sur scènes. C’est comme ça que ça a commencé avec les batteries. De deux, j’avais pas encore trouvé le batteur qui avait le groove et qui correspondait. J’avais toujours des mecs qui jouaient très bien mais trop comme des bourrins. Du coup je m’entendais pas chanter et je galérais. Depuis que j’ai trouvé Stéphane (batteur en live d’Egyptology ndrl) et Benji à la basse, j’arrive à chanter correctement, c’est beaucoup plus confortable pour moi, on s’éclate. A l’époque avec le sampler on avait une structure, on pouvait pas déborder. Maintenant c’est hyper libre en fait. C’est libérateur.

BYJ : J’imagine que ça a dû un peu t’influencer au niveau de comment ça fonctionnait pour toi. Pour revenir aux bases, par rapport à tes anciens projets, qu’est-ce que tu as voulu changer, par rapport à Bee’s Garden par exemple, c’était quoi tes attentes avec MEC ?
M. : Le truc qui me frustrait un peu avec My Bee’s Garden, j’étais très contente du disque, mais je trouvais le son encore un peu timide, un peu clinique. On avait fait tout à la maison et on expérimentait encore. J’avais besoin de quelqu’un qui me fasse un peu exploser tout ça, qui détruise un peu le son, qui amène des aspérités. Un son un peu plus fuzzy, un peu plus dégueu en fait. Et j’ai trouvé cet équilibre. On se complémentarise avec Kevin (Parker, du groupe Tame Impala, qui a produit le premier album de Melody) à ce niveau là. Lui il a un background hyper rock/psyché et moi un background plus classique. J’ai réussi à déstructurer tout ça, changer cette restriction que j’avais souvent due au classicisme.

BYJ : Cette formation classique, aujourd’hui tu arrives quand même à l’exploiter, à faire un lien avec l’univers pop ?
M. : Les deux ans de conservatoire ça a clairement marqué ma pensée musicale, ça c’est sûr. Mais avec le classique il y a une restriction qui m’a pesée, du coup j’ai fais un rejet il y a quelques années. Sauf que mélodiquement et harmoniquement ça reste toujours en moi. C’est sûr que je m’en sers, ce format un peu pop c’est des structures qui me viennent du classique. C’est très pop le classique en fait ! Travailler avec Kevin ça m’a permis aussi d’ouvrir un peu le champs, de me lâcher, m’épanouir, m’abandonner plus dans le son, dans l’expérimentation.

BYJ : Et d’avoir une structure un peu plus libre en live ça doit aider à évoluer dans ce sens là ?
M. : Complètement, c’est libérateur vraiment. On se permet de jammer, de rajouter des parties beaucoup plus brutales et un peu plus agressives dans les morceaux. J’aime bien tendre à ce côté plus rock, noise quand on peut, tout en gardant ce côté pop et naïf que j’aime bien. Il faut toujours qu’il y ait une espèce de juste milieu dans le contraste.

BYJ : J’imagine aussi maintenant qu’en tournée tu as dû faire quelques rencontres ?
M. : J’ai rencontré beaucoup de gens que j’admire, et ça a été incroyable. Je suis très amie avec DIIV, aussi avec le mec de Deerhunter et de Lotus Plaza Locket Pundt que j’adore. Connan Mockasin on a joué à la pétanque toute la nuit l’autre soir et ils ont adoré notre concert, on était hyper content puisqu’on est méga fans. Oui on fait des rencontres. Mac DeMarco on joue tous les deux jours avec eux et à chaque fois ils sont là : « ouaaaaaaaaais ! » Ils sont au premier rang. Ca donne envie aussi quand on les voit, ça donne des idées parce qu’ils sont hyper talentueux et en live en général quand c’est des ricains ils ont de l’expérience. Ils arrivent et hop ! Ils s’installent, ils sont hyper pros. Ils en ont rien à foutre si ça sonne pourri, ils y vont, ils sont moins chochottes que nous à ce niveau là. Donc c’est toujours bien de voir comment les autres font. On apprend vachement en tournée en fait, c’est assez dingue. Tous les jours on apprend. Et j’ai des collaborations qui vont se faire mais je peux pas en parler.

BYJ : Je voulais faire un lien du coup avec tes projets futurs. Tu comptes donner quelle place au groupe ?
M. : C’est une bonne question, je me la pose pas encore parce que j’apprécie beaucoup ce qu’on fait entre nous en ce moment, cette communion, cette magie qui se crée sur scène. Y’a plein d’idées qui fusent un peu de tous les côtés ! J’aimerais vraiment beaucoup enregistrer quelques jams qu’on fait ensemble. Mais le problème c’est que techniquement, j’enregistre à Perth (en Australie, bastion de Tame Impala ndrl), donc c’est un peu difficile de faire venir tout le monde. Du coup on a en tête de venir enregistrer à La Mamie à Toulouse un de ces quatre. J’aimerais bien faire ça, avoir un peu du groupe sur le disque. Mais après j’ai toujours composé les squelettes des morceaux, et je sais que composer à cinq-six c’est compliqué. Je ne suis pas sûre que ça marche, mais je tenterais je pense d’incorporer peut être des p’tits moments un peu plus live sur le disque pour un petit peu investir les mecs !

BYJ : Maintenant qu’il y a une dynamique, autant jouer dessus.
M. : Oui surtout qu’elle à l’air de plaire aux gens aussi, et nous ça nous plait entre nous. Ce serait cool et ils sont très très talentueux. Ca vaudrait le coup de les investir plus.

BYJ : Je vais essayer de repartir sur des questions qui touchent plus à ton univers. J’ai entendu dire, tu vas me dire si c’est faux ou pas, que les chansons en anglais de l’album, tu les avais écrite en France, et que les chansons en français tu les avais écrites à Perth.
M. : C’est vrai, c’est vrai …

BYJ : Aujourd’hui, avec tout ce qui t’es arrivé, tu te situes où maintenant au niveau de la langue ?
M. : C’est un peu dur justement parce que là, j’ai enregistré pas mal d’instrus pour le nouveau disque à Perth. J’ai beaucoup écris ces derniers mois mais j’ai pas encore écris en français. Pour l’instant y’a pas encore de titre en français mais j’aimerais beaucoup qu’il y en ait et je pense que quand je serai en Australie, ça reviendra comme ça. Mais c’est vrai que c’est marrant ça !

BYJ : Tu t’es habituée à cet équilibre là, un peu inversé ?
M. : Je pense que c’est naturel. Je me suis décomplexée là-bas. En fait c’était vraiment pour se reconnecter sur le coup. J’avais pas parlé à mes amis depuis des siècles, et à personne en français. Donc au bout d’un moment, naturellement je me suis parlée à moi-même en français. Je pense que c’est ça.

BYJ : Au niveau visuel, j’ai vu que tu avais fais un nouveau clip, avec un réalisateur qui a collaboré avec DIIV, tu as une idée précise de cet univers visuel ou tu fais confiance aux artistes avec lesquels tu collabores ?
M. : Je ne fais confiance à personne. J’ai des idées, par contre je me suis un peu, comment on dit … « bully » en français ? Embarquée par mon label pour Crystallized. Je suis pas contente du tout de la vidéo, je veux pas dire du mal de l’équipe. Ce clip avec un peu plus de budget a été complètement ratée. J’étais déçue, ça aurait pu être vraiment magique et ça l’a pas été donc tant pis. Je me suis fais un peu forcer la main mais en tout cas ma première vidéo (I Follow You) c’était hyper personnel. C’était fait sur ma plage, en France à Cavalaire, sous l’eau, avec ma copine. On a fais ça à la dernière minute, sans budget, et j’en suis super contente. On a monté toutes les deux, à l’arrache, on a mis pleins de textures, de couleurs ... Et puis la deuxième vidéo à Perth, on l’avait déjà faite là-bas, c’était chouette aussi. Pareil ça part d’une idée, je faisais du vélo et j’allais à l’envers et il remettrait l’image à l’envers et ça devais faire comme si j’allais en avant mais en allant en arrière. Bref, c’était hyper compliqué, ça n’a pas marché du tout donc au bout du compte on s’est juste amusés avec les images qu’on avait et puis voilà. C’est pas prétentieux, c’est juste des images de là-bas et c’était cool. Sometime Alone on l’a fait hyper rapide quand j’étais à Los Angeles dans un carnaval mexicain. Y’avait que des mexicains, pas de budget, pas de temps, mais je l’aime beaucoup.

BYJ : C’est vrai que ça rappelle plus les premières vidéos.
M. : Ouais, c’est plus moi aussi. En fait je m’étais vachement cachée derrière les effets. J’arrivais à garder le côté un peu intriguant et mystérieux. Je voulais pas me montrer trop au début. Là, je me ballade toute seule, c’est hyper simple, et j’aime bien les couleurs. C’est hyper moi, je pense que ça manquait un peu aux gens de savoir qui j’étais.

BYJ : On a l’habitude sur BYJ de poser des questions auxquelles les gens en général n’ont pas envie de répondre, ou sont pris au dépourvu, du genre « qu’est-ce que tu emmènerais sur une ile déserte » ?
M. : Ah ouais putain elles sont horribles ces questions ! Mais vas y, vas y, j’attends !

BYJ : Quel est ton premier souvenir musical ?
M. : Mon vrai, enfin un des premiers souvenir musical … (silence) J’en ai pleins qui me viennent. J’en ai un, c’est marrant, j’étais dans une chorale d’enfants à Vaison La Romaine, et j’avais neuf ans. On partait en tournée à Berlin, chanter pour faire un échange de chœurs et puis je me revois dans le bus, toute petite, j’avais oublié mes partitions. Y’avait tout le monde dans le bus (avec une voix d’enfant) : « j’ai oublié mes partitions ! », et en fait pendant toute la semaine j’ai chanté par cœur, et ma prof était là : « vous devriez tous prendre exemple sur elle. »

BYJ : Ta première fierté musicale quoi !
M. : Mais je vais peut être changer quand même. La Valse Triste de Sibelius, en orchestre quand j’avais genre douze ans. Ca c’était vraiment le plus intense émotionnellement pour moi de toute ma carrière musicale. C’est peut être mieux. (rires)

BYJ : Les deux sont intéressante, une un peu plus personnelle et une un peu plus formatrice. Ensuite, le premier CD que t’as acheté ?
M. : J’avais vraiment pas d’argent jusqu’à très très tard … Le premier CD que j’ai acheté ? Je me rappelle que j’achetais des singles pour mes copines pour les anniversaires. Y’avait le morceau là, de ..? (Elle chante Ms. Jackson d’Outkast) Outkast ! J’adorais ce morceau ! Et sinon mon premier album préféré c’était All Saints, et Aaliyah aussi. J’étais très R’n’B à une époque, ça revient clairement mais faut pas tomber dans le cliché que tout le monde fait en ce moment de faire du R’n’B.

BYJ : Quel serait le collaborateur vivant ou mort de tes rêves ?
M. : C’est dur à chaque fois. J’en ai tellement qui me viennent à l’esprit. Quand j’étais ado jouer de l’Onde Martenot avec Jonny Greenwood, plus tard je rêvais d’avoir Jaki Liebezeit (le batteur de CAN ndlr), maintenant j’aimerais beaucoup bosser avec Geoff Barrow de Portishead. Je l’ai rencontré une fois mais il est un peu spécial …

BYJ : Quel est ton meilleur souvenir de live ?
M. : J’en ai pleins aussi. Primavera à Barcelonne c’était assez magique. Quand tu joues devant 5000 personnes et que t’as la mer derrière, une espèce de régate avec des bateaux à voile, c’est chouette. Et puis aussi The Haunt à Brighton, c’était bien, mais petit. Le concert à Londres c’était la première fois qu’il y avait 800 personnes qui venaient pour nous voir. C’était assez magique.

BYJ : Et des ambiances différentes du coup, entre salle et plein-air. D’ailleurs as-tu une anecdote farfelue qui t’es arrivée en live ?
M. : En live ? (long silence) Mon souvenir préféré … Farfelu ? Ces questions souvent sur le coup t’es là « euuuuuuh, j’sais pas ». Et deux heures après t’es là « aaaaaah oui » ! Des histoires complètement barges. Y’a des gens qui arrivent bien à raconter ces trucs. Parce qu’il y a les USA, c’était pas mal. Et j’ai été souvent en tournée avec Tame et là il s’est passé des trucs farfelus. Mais c’était pas perso, je trouve pas … Par contre Jérôme Pichon (le guitariste de Melody qui l’accompagne depuis ses débuts ndrl) a toujours des chemises très farfelues ! Il me fait toujours la surprise avant de monter sur scène. (rires) Des pantalons verts fluos, et rouges fluos, que je lui ai interdit de mettre mais qu’il met quand même. Pour l’instant le truc le plus farfelu c’est le look de Jérôme Pichon !

BYJ : Ca devrait lui faire plaisir ! Une petite dernière question très simple, c’est quoi MEC ?
M. : Très simple ? C’est hyper large ! C’est quoi MEC ou c’est quoi Melody’s Echo Chambers ?

BYJ : Les deux ?
M. : C’est moi ! (rires) Bah ouais c’est moi quoi, c’est moi. C’est wam ! J’aime bien « c’est wam ! »

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